Mathias et Céline (Suisse & Italie)
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Mathias et Céline sont partis le 12 mai d'Yverdon en direction de la Mongolie à pied. Ce blog trace leur parcours en Suisse et en Italie

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15/01/2009 - Iran 9
Iran : chapitre 9

Le 8 novembre, nous passons la nuit dans une petite cabane de berger à côté de Youssouf Abad. Il fait froid. Nous nous chauffons avec un pot en fer rempli de braise. Nous en profitons pour y cuire quelques patates détérées dans un champ avoisinant par Vahid, notre sympathique jeune berger. 

 
Nous continuons notre route en direction de Ab'Ar. Mais malheureusement, notre appareil photo nous "lâche"... Désolé, plus de photo. Voici la dernière... 

C'est dommage, car le jour même nous arrivons à Sultaniyeh. L'ancienne capitale mongole de la province iranienne de leur empire. Il reste quelques beaux bâtiments, comme l'ancienne mosquée devenue mausolée avec son grand dôme. Je vous met une photo trouvée sur internet. Ce dôme fut le plus grand du monde à son époque. Actuellement il est le 3ème

Dans le passé il n'y avait qu'une grande plaine ici. Les mongoles ont fait construire cette ville de A à Z. Le paysage de la région devait leur rappeler les grandes étendues de leur terre natale.


Pas évident de trouver un endroit où dormir ici à la ville. C'est alors que le gardien du"dôme" nous invite à le suivre. Il nous emmène dans un ancien monastère soufi fraichement rénové. Il l'on transformé en musée, hôtel de luxe pour touristes et restaurant. Ils vont bientôt ouvrir, mais pour l'heure, on nous invite à y passer la nuit. Nous parquons nos ânes au parking. Nous suivons une visite guidée de l'endroit. L'hôtesse exerce son anglais. Puis on nous montre une chambre où nous pourrons passer la nuit. Ouaw! quel luxe. Un grand lit double, tous le mobilier est en bois et neuf et grande salle de bain avec surtout une bonne douche bien chaude. Nous avons l'impression d'être dans un rêve.
Nous apprenons que ce monastère aurait été construit en l'an 730 de l'hégire musulman, par Aref Chalabi-Ulu, un petit fils de Mevlana. Ca nous fait tout drôle de retrouver une trace de la pensée de ce grand sage que nous avions rencontrée à Konya en Turquie.
Le 9 novembre, arrivée dans le village d'Hamid Abad. La nuit va tomber, pas d'hospitalité spontannée. Nous voyons une maison en construction et allons demander au voisin si nous pouvons y dormir. Il revient 5 minutes plus tard et nous invite chez lui. Ou plutôt chez son papa, Ali Hossein. C'est une grande famille. Cette homme a dix fils et cinq filles. Les musulmans ont l'habitude d'avoir des familles nombreuses. Comme par chez nous dans le passé. Quoiqu'actuellement, dans les ville, beaucoup de jeunes parents n'ont plus qu'un enfant. Au matin, la neige est descendue bas sur les montagnes. L'hiver avec son froid commence à s'installer. 
Du 10 au 14 novembre, nous séjournerons à Sag In Qualeh, chez Ali Jafari et aussi Vahid. Nous y sommes resté 4 jours. Le premier soir nous avons appris le décès de Maxime, un ami rencontré à Dogubayazit. Maxime et Anne-Lyse était un couple de français avec qui nous avions fraternisé durant 3 semaines au camping d'Isak Pacha, juste avant la frontière iranienne. Lors d'une promenade sur une crête dans les montagnes au sud-est de Yazd, notre ami est tombé. Une chute de 30m qui lui a été fatale. Cette nouvelle nous a choqué. Du coup, Céline n'a pas été bien durant 2 jours. Ce qui explique notre pause dans cette petite ville. Moi j'en ai profité pour mettre des nouvelles sur le blog pendant que Céline se reposait.
Nous avons habité à cheval entre la maison de Vahid, un enseignant mathématicien,  et surtout dans celle d'Ali. Le travail d'Ali c'est d'acheter quelques vaches au printemps, de les nourire durant la belle saison et de les revendre juste avant l'hiver. Les 6 autres mois, il est en vacance. Non, je plaisante, il fait quelques petits boulots de-ci de-là. Pas évident de trouver du travail par ici. L'ambiance fut très chaleureuse chez lui. Nous avons visité plusieurs membres de leur famille, à chaque fois pour un souper.C'est pas en Iran qu'on meurt de faim...
Chez Vahid, sa famille était beaucoup plus reservée. Quatre fils et une fille. Dont trois d'entre eux font des études de mathématicien. Ils ont un niveau de vie un peu plus élevé, mais en même temps, moins chaleureux. Au début, cela m'a dérangé. Beaucoup plus de silence, moins de conversation. Nous n'avions plus l'habitude. Bénéficiant surtout de l'hospitalité villageoise. Cela me rendait mal à l'aise au début. Puis, par la suite, j'ai réalisé que ce silence était profitable à la réflexion. Cela permet de prendre le temps de méditer...

 
Le 15 novembre, malgré un petit manteau neigeux, nous nous sommes remis en route. Ali voulait nous emmener en camion... Sa famille était en soucis vu l'arrivée de la neige!
Arrivé à Ab'Ar, le gardien du parc d'attraction nous héberge dans sa maison de garde. Dans chaque ville, en Iran, il y a un grand parc avec des carrouselles. Durant leur temps libre, et pendant la belle saison, les iraniens y vont souvent pique-niquer.
Le lendemain, après avoir longé une multitude de grandes usines le long de la route, nous arrivons à Ghere. Behruz, le patron du bistro nous héberge sous son restaurant. Dans un logement en construction. Nous pouvons y rester le jour suivant et profitons de retourner à Ab'Ar, ville de 130000 habitants pour y trouver un éventuel nouvel appareil photo. Mais nous réalisons vite que les prix sont bien plus chers que chez nous. Environ 1,5 x sur l'électronique. Ok, nous pensons nous en faire envoyer un de Suisse dans le paquet que nous enverrons nos parents à Isfahan.
Le surlendemain, il fait grand beau, nous allons nous remettre en route lorsque Willie semble tituber. Il a des pertes d'équilibre. Il marche comme un ivrogne... Ca pourrait être très drôle, mais là c'est plutôt flipant!!!
En fait, une demi-heure plus tôt, il m'a sauté dessus comme à son habitude, mais retenu par la laisse, et les pattes arrières sur un plastique, il a glissé et est tombé à la renverse sur le dos sur les catelles et un boud de bois... Céline en soucis téléphone à un vétérinaire en Suisse, M. Glardon. Sa collègue, super sympa, nous conseille par téléphone. On lui fait quelques tests et observation, tous négatifs. Il faut lui administrer un peu d'aspirine et le garder en observation.
Ok, c'est pas encore aujourd'hui que nous allons reprendre la route!
Willie ayant repris ses esprits, nous repartons au matin du 19 novembre. Chemin faisant, nous sommes rejoint par Behrooz, un ami rencontré à Ab'Ar qui vient avec l'un de ses amis journaliste pour nous interviewer et nous filmer. Moment sympatique. 
Nous arrivons à Versetch au soir. Au bakal du coin, une foule nous entoure et nous, nous ne tournons pas autrour du pot et demandons franchement où nous pourrions dormir. Un homme parle haut et fort pour transmettre à tous notre demande. Directement un villageois se propose de nous héberger chez  son père. La maison de sa grand-mère est restée vide. Il y a, du coup, la place pour nous habriter.
Le jour suivant, c'est deux bergers, Akber et Meyssem, rencontré chemin faisant en milieu d'après-midi, qui nous propose de dormir chez eux. Proposition acceptée!
Meyssem nous guide par des petits chemin jusqu'au village et à sa maison. C'est très agréable de se faire guider par un berger du coin. Le chemin devient si facile à suivre.... Et nous avons bien fait d'accepter. A peine arriver, qu'il se met à pleuvoir. Et quel accueil. Nous nous retrouvons directement dans une pièce richement meublée. Ce qui est assez inhabituel. On nous sert le repas. Un riz iranien, parsemé de grain de riz safranés et de petites baies rouges. En accompagnement, un ragôut de boeuf. Mmh succulent!
Depuis Zanjan, nous avons quitté l'Azerbaydjan. C'est à dire, la partie de l'Iran qui appartenait autrefois à l'Azerbadjan. Du coup, notre turque, proche de l'azeri, ne nous suffis plus! Nous nous sommes mis au farsi... Et les traditions sont aussi un peu différentes. Par ici, nous nous retrouvons fréquemment à manger à part. Soit qu'ils ne se mélangent pas, soit pour plus de confort pour les hôtes. Un peu de tranquilité ne nous dérange pas...
Le soir nous partons en visite avec la famille. Le fils d'un frère de la maman se marie aujourd'hui. Et par ici, les cérémonies de mariage, c'est quelque chose... C'est une des rares occasions qu'ils ont de faire la fête. Le hic, c'est que homme est femme sont séparés durant toute la soirée. Céline et moi faisons maison séparée...  Les hommes dansent dans la rues, les femmes, à couvert dans une maison à part. Il y a d'énormes marmites qui arrivent pour nourire tous les convives. Le menu traditionnel, c'est un riz iranien avec une sorte de ragoût de poulet. Très bon, mais à la longue, peu varié! Un autre met traditonnel accompagnant le riz, c'est un ragoût de boeuf cuit avec des herbes et des gros haricots. Histoire de pouvoir altérné... :-)  
Le 22 novembre, nous arrivons à Buhin Zahra. Depuis là, nous allons partir plein sud sur Isfahan. Mais pour l'heure, il nous faut trouver un endroit où dormir, comme d'hab! Nous demandons où poser la tente, et de fil en aiguille, Riza, le fils du patron des garages et de la station benzin d'à côté nous invite à monter le camp sous un grand engar. Heureusement que nous sommes à l'abri, car il va pleuvoir durant toute la nuit.
Vers 23h, nous sommes réveillé par la police. Ils contrôlent nos passeport et s'en vont. Dix minute plus tard, un chef de police arrive et recontrôle nos passeport. Et comme il ne sait pas distinguer entre la date de validité du visa (date avant laquelle nous devons rentrer dans le pays) et le nombre de jours que nous pouvons rester, il pense que nos visas sont échus. Du coup, il veut prendre les passeport et revenir au matin... Ben voyons. Il n'a aucun droit de les prendre. Heureusement, un interprète arrive. C'est Hassan, un étudiant parlant très bien anglais et faisant souvent le lien entre policiers et touristes. Face au manque de souplesse de cet agent, je finis par partir au poste avec lui. Son collègue garde la tente, Céline ayant décidé d'y rester dormir. Au poste, le flic ne démord pas. Il veut garder nos passeports. Il me menace en disant que si je m'obstine, il devra réveiller un haut grader et que cela pourrait être embêtant. Bon, je laisse mon passeport et reprend celui de Céline. Hassan viendra me chercher au matin pour arranger les choses au comissariat.
Au matin donc, je me retrouve devant le supérieur à faire face à un interrogatoire concernant notre voyage. Concernant le visa, pas de problème, mais aucune excuse de sa part ai sujet de la veille et  du manque de clairvoyance de son homme. Il fini par me donner le conseil de vite partir de son pays. Pas très accueillant, et assez retord ce gars là...
Ca me rappelle un épisode avec la police religieuse, un peu avant Marand. Nous marchions le long de la route, en contre-bas, lorsqu'une grosse jeep s'arrête. Un mola et trois autres gars en descendent. L'un deux vident ses déchets dans la nature, et le plus vieux, natel à l'oreille vient nous aborder. Il nous demande nos passeport. Ils sont tous en civil et nous les trouvons un peu louches. Nous lui répondons que nous n'en n'avons pas et continuons notre route. Là dessus, ils essaient tous de nous arrêter de force. L'un deux cours vite à la voiture et sort un pistolet de sa sacoche. Il nous menace de son flingue. Là dessus nous arrétons les voitures sur la route pour demander d'appeler la police. Ils rigolent un peu, car bien qu'ils soient en civil, ils sont de la police religieuse. Mais sans uniforme, ils n'ont pas le droit de procéder ainsi, et dans le doute nous ne montrons pas notre passeport à n'importe qui. Finalement, nous nous sommes tous calmés et il nous ont été chercher deux policiers. En uniforme ceux-ci! Du coup nous avons sorti nos passeports. Content et apaisés, ces gulus sont repartis dans leur véhicule et nous avons dû aller à pied au poste de police escorté par les deux flics. Le poste était 1 km plus loin le long de la route. Heureusement! Là, ils ne savaient pas que faire de nous, et nous ont laissé continuer notre route après une petite attente.
Chemin faisant, par 5 à 6 fois, une voiture banalisée avec les même flics à l'intérieur est passée. Pour notre sécurité ou pour nous contrôler? J'ai commencer à les saluer et ils ne sont pas revenus.
Mais revenons en ce 23 novembre. Le "contre-temps flic" n'a pas été un problème. Il pleut toujours à averse. C'est vers 13h, profitant d'une acalmie que nous nous sommes remis en route. Ce jour là nous ne devions faire que 10 km, jusqu'à Arasendj. Le second village étant beaucoup trop loin, à 40 km.
'accueil, par-ici, semble mitigé. Nous entrons dans le village, une foule nous entoure rapidement. Plusieurs fois je demande où nous pouvons passer la nuit. Mais à chaque fois on élude la question.
Finalement, après 45 minutes d'attente, un homme nous invite à boire un thé. Il parle  anglais. Ca lui permet de nous jauger un peu. Il nous amène ensuite chez M. Hassan. Un des responsables du village qui nous reçoit pour la nuit.
Nos ânes sont lôgés avec ses vaches. Skadar est tout penault face à ses grandes voisines... Ils ont du bon trèfle à manger. Notre hôte prépare des brochettes aux poumons de vache qu'il grille au dessus d'un feu imporvisé parterre dans sa cours intérieure. Toujours agréable de vivre une telle spontanéité. Et le poumon, c'est pas si mauvais à manger... première fois que j'en goûtais.
Le lendemain soir, arrivée dans un tout petit village dans la montagne. En arrivant dans le patelin, nous rencontrons M. Gavani qui nous propose d'emblée de dormir chez lui. Comme s'il semblait nous attendre. Ce soir là, rebelotte. Il vient de tuer une chèvre, la bête est à terre dans sa cuisine. Le corps d'un côté, la tête et les pattes de l'autre. Il fait des "kebab" avec le coeur et le foie qu'il grille directement sur le gaz. Ben y se prend pas la tête celui-là... le professeur du village. Au matin nous allons visiter un vieux caravane séraille en compagnie de quelque-uns de ses élèves. Puis nous visitons leur petite école. Juste deux classes et une vingtaine d'élèves. Etonnant de rencontrer cette petite école dans un coin si paumé...
Le 25 novembre, nous redescendons et traversons une vaste plaine désertique. Nous n'arriverons pas à atteindre le prochain village. Nous devons demandoer l'hospitalité dans un complexe de ferme. Il s'agit de 103 énormes fermes, d'au moins un hectar chacune, élevant toutes des autruches. Ils sont entrain d'en terminer la construction. Impressionnant. Je vous aurais bien montré une photo avec Céline cavalant sur une autruche à plus de 100 km/h. Non, je plaisante! Mais c'est vrai qu'elle peuvent atteindre de hautes vittesses de pointes en pleine course...
Nous aurons la chance d'être hébergé chez M. Norouzi. Un ingénieur. Le soir, nous mangerons en compagnie de plusieur ouvriers afghans. Beaucoup d'afghanais viennent travailler en Iran. Ils y trouvent plus de travail que chez eux, mieux rémunéré, et ils comprennent la langue, parlant aussi le farsi. Il faut dire que par le passé, leur contrée faisait aussi partie du fameux et vaste empire Perse!
Le surlendemain, vers midi, nous approchons de la ville de Saveh. C'est là que des bergers nous invitent à leur repas. Ce sont trois afghans. Et ils ont le louquent, ceux là! Ce sont des semi-nomades. Ils dirigent un troupeaux de 1200 bêtes. Impressionnant! Pourtant, lorsque le troupeau est au repos, entassé en rond, on ne dirait pas qu'il y en ait autant. Nous mangeons donc du mouton cuit au feu de bois. Des morceaux assez gras, mais 100% bio!!! C'est leur repas principal et quotidien. Leur thé au feu de bois est sans pareil avec un thé normal cuit au gaz... Délicieux avec son goût et odeur fumé.
Ils ont neufs chiens qui les accompagnent pour défendre le troupeau contre les attaques de loups. Nous maintenons Willy à l'écart. Nos ânes aussi ne sont pas en reste de potentiels compagnons. Ils ont cinq ânes pour porter leur affaires et un cheval pour se déplacer rapidement. Leurs équiders sont étonnement calmes. Ils ont l'air très bien dressés.
Cette rencontre est très intéressante. C'est la première fois que nous rencontrons de tels nomades. Ils nous font rêver... Ils nous proposent de les suivrent et de passer la nuit en leur compagnie. Nous hésitons, mais pas trop longtemps. Nous acceptons rapidement, histoire d'en apprendre un peu plus sur leur quotidien.
Rapidement la compagnie se met en route. Nos ânes font ami-ami avec les leurs. Sans heurts. Comme quoi, des ânes bien dressé, ça existe! Par contre nous ne laissons aucun chien approcher Willy. Il aime tellement les hommes qu'il est vite jaloux et veut se montrer supérieur face à tout autre canider. Ce qui ne lui réussit pas toujours, car il ne sait pas se coucher face à un plus gros que lui...
Nous marchons à l'arrière du troupeau. Nos ânes sont libres et adorent se glisser dans le troupeau. Surtout Skadar qui essaie d'en prendre la tête. Ben voyons. Hé Skad, t'est pas entrain de chopper la grosse tête par hazard?!! Il semble tout content! C'est Karma qui balise un peu... A un moment, perdant Skadar de vue elle s'est mise à courir dans tous les sens, faisant une énorme bréche dans le troupeau. Une cohorte de moutons en pleine course tentait de lui échapper. Comme un escadron au galop. C'était impressionnant, mais pas au goût des bergers...
Moins drôle, Céline approchant de trop près un de leurs ânes, la chienne, meneuse de leur orde canine s'est mise à l'aboyer, ameutant avec elle quatre autres chiens. Céline courageuxe, mais ne faisant pas la maline, leur a tenu tête, à reculons, balançant son grand bâton de gauche à droite pour les maintenir à distance... Heureusement, un des bergers à réagis promptement. Et est accouru au galop en lançant en pleine course son baton au milieu des chiens qui se sont vite dispersés. Ouf, plus de peur que de mal. Du coup, suite à cet incident, Céline s'est fait appelée "çopan khanem".  Qui veut dire "femme de berger". Un titre plus qu'onorifique. Et durant toute la soirée nous avons bien rigolé en l'appelant ainsi...
Nous avons passé une super soirée en leur compagnie. Autour d'un bon feu de bois sous un ciel tout étoilé... Ce fut un grand moment. Et ces afghans, avec leur vie dure, ont une présence très forte. Ils ont de grande barbe, le visage ridé et tanné par le soleil, des habits bouffant avec un gros couteau à la ceinture.
Nous échangerons quelques unes de nos affaires. Du thé vert afghan contre un reste de thé des alisés que nous avait apporté Antoine et Claudine au tessin. S'ils le savaient, ils seraient sûrement tout content d'apprendre que leur thé a fini entre les mains de bergers afghans dans les grandes plaines iraniennes...
Le vieux berger m'a donné son tespi, le chapelet musulman, et à Céline une bague... Nous avons dormi au son des cloches du troupeau qui nous ont bercé toute la nuit...
 
Le lendemain matin, levé au aurore. L'un des berger, le grand avec une énorme barbe, qui paraît-il était taliban auparavant, est déjà parti mettre paître le troupeau plus loin. Nous nous retrouvons autour du feu avec le vieille homme et le jeune à échanger quelques propos et partager un bon thé chaud. Car il fait frais si tôt le matin... Nous admirons le lever du soleil sur cette grande plaine.
Vers 10h, nous levons le camp. Et chacun reprend ça
route. Nous les suivrons encore jusqu'au premier point d'eau avant de nous séparer. Eux continuent sur Qom qu'îls ralieront dans 2 semaines. C'est là-bas qu'ils passeront l'hiver. Quant à nous, direct sur Isfahan.

Le 29 novembre au soir, nous avons de la peine à atteindre un village pour la nuit et demandons notre route au personnel d'une fabrique. En fait, le village que nous cherchons n'existe plus... Du coup, M. Madgit, le patron des lieux, nous propose de dormir dans son usine. Il y a justement un salon de libre, avec une salle de bain privée et eau chaude. Et plein d'herbe tout autour de la fabrique pour nos ânes.
Quelle  chance!
Au matin, M. Madgit nous fait la visite de son usine. C'est une fabrique de cuire. Il y a bien une centaine de tas de peaux de mouton entassées, toute salée pour la conservation, prettes à être traitées. D'énormes machines en bois. L'usine a 20 ans et il semble que les machines aient été fabriquées à la main. D'immenses tambours en bois servant au nettoyage des peaux. Ainsi que plusieurs bains pour différents traitements. A l'extérieur, derrière l'usine, il y a un énorme terrain vague recouvert de laine mise à sécher, divisée en trois secteurs suivant la couleur (noir, brun, gris). Dans un autre engare, toute cette laine est mise sous presse et embalée. Ce sont principalement des ouvriers afghans qui travaillent ici. Mains d'oeuvre bon marcher. Sous un autre abri, nous trouvons, à perte de vue, des sacs remplis de cuir près à l'envoi. Tout ce cuir est exporté en Italie pour la confection d'habits, sacs et autres... Intéressant cette visite. Je saurais maintenant d'où provient une partie du cuir italien!

 
Nous nous remettons en route. En milieu d'après-midi, il se met à pleuvoir, bâches et pélerines sont de sortie. Nous nous équipons sous un pont. Nous décions de nous arrêter au prochain village. De toute façon nous n'avons pas vraiement le choix. Le suivant est à 10 km et il est déjà 15h30. La nuit tombe dans 1h30 et 10 km, au rythme des ânes sous la pluie, se fait en 2h30.
Nous prenons un petit chemin sur la droite en direction du village présumé. Nous arrivons vers un petit hameau et apprecevons le "dit-village" en face, séparé par un énorme canyonne de 40m de profondeur sur 50 m de large. Ouf, il est à sec. Nous trouvons un petit chemin pour le traverser. En remontant, on apperçoit les premières maisons délabrées, grignotées par les parois de terre qui s'écroulent de temps à autres, grignotées par l'eau qui ravine.

Nous entrons dans Seft. Une femme qui nous a vu traverser le canyon vient à notre rencontre. C'est Zahra. Elle nous emmène à la mosquée qui nous servira d'habri. Nos ânes sont amenés dans une ancienne écurie chez sa maman. Willie sera attaché derrière la mosquée, dans une petite cours pleine de grabas, mais sous un abri. Nous passerons quatre jours dans ce village. Le temps que la pluie face place au beau temps.
Le village compte une centaines de maisons. Plusieurs sont en délâbrement. Les jeunes partant à la ville.
Il y règne une athmosphère très paisible. Zahra a la gentillesse de nous nourrire. Elle nous apporte à manger à la mosquée les premières fois, puis nous invite à manger chez elle. Tant mieux, car il n'y a pas de magasin par ici...
Céline dors chez elle et se lie d'amitié avec sa fille. Quant à moi, je reste dormir à la mosquée vu qu'il n'y a plus d'homme à la maison de Zahra, son mari étant décédé et ses fils partis à la ville. A plusieurs reprise nous seront invités chez des amis et voisins pour faire connaissance le temps d'un repas. Les gens sont très sympathiques par ici.
Lors d'une de nos visites nous avons découvert un moyen de se tenir au chaud peu commun. Tous se tiennent autour d'une table basse sous laquel a été placé un grand récipient contenant des cendres. Le tout étant recouvert de plusieurs couverture. Chacun des convives glissent ses jambes au chaud sous les couvertures. Original pour nous, mais visiblement traditionnel chez eux!

La route reprise, les deux soirs suivant, nous dormons à proximité de mosquée mausolée, construite en l'honneur d'un Imam. A Salafchegan pour le petit fils du 5ème Imam (les musulmans en compte 12, en tous cas les chiites), et à Hesar Sorkh pour l'Imam Zahde.
 
Le jour d'après, nous longeons une haute plaine bordée par des rangées de grandes montagnes. A la nuit tombante, le paysage a pris des allures féérique. Nous marchions dans l'axe de la vallée. A droite le soleil
couchant sur des montagnes virant au noires, plus la luminosité baissait, découpant de leurs crêtes le ciel orangé. A gauche, le lever de la pleine lune sur un fond de ciel rose, bleu-pâle, découpé par des crêtes enneigées de la chaine de montagne opposée. Nous sommes arrivés de nuit, donc, à Dodehak rusta (=village). Peu de monde dans les rues à cette heure tardive. Un vieux nous indique d'aller au bakal (=magasin). Là nous rencontrons M. Mortesa, l'épicier. Qui est aussi banquier le matin. Il nous invite chez lui. Ouf, nous pourrons dormir au chaud et en sécurité!
La nuit suivante, nous dormons au chaud dans le complexe de la mosquée dédiée à l'Imam Zadegan. 2 km avant Delijan.

Le 10 décembre, nous traversons les montagnes en longeant la grande route droite sur un pipe-line 50 m en paralèlle. Par ici, pas de village où passer la nuit. Nous nous arrêtons à un poste du croissant rouge. Nous pouvons loger dans leur salle de jeux munie d'une grande table de ping-pong. D'ailleurs, ça n'a pas manqué. Nous avons passé la soirée à jouer en double contre un infirmier et un policier. Nos ânes ont été logé dans un grand engare habritant un énorme tas de gravier et du gros sel pour la route. Histoire qu'ils n'aient pas froid. Quant à Willie, nous lui avons fabriqué une petite tente devant notre fenêtre pour l'habriter du vent.
Ce service de santé couvre 80 km de route. Et ils ne chôment pas. Les iraniens roulent vraiement comme des malades. Très inconsciemment. Ils dépassent sans arrêt, et parfois même lorsqu'il y a quelqu'un en face. Ils se retrouvent à trois sur une piste pour deux. Chacun devant rouler sur le côté pour laisser dépasser un enragé de la route. Sauf que ça ne joue pas toujours. Pour preuve, ils doivent intervenir avec leur ambulance 3-4 fois par jours en moyenne. Juste pour ces 80 km de route...

Le lendemain, nous avons dormis chez Sirus à Meymeh. Un des ambulanciers. Le jour même un camion est sorti de la route à l'entrée de la ville, tuant trois jeunes qui pique-niquaient...

Au soir du jour suivant, le 12 décembre 2008, rebelotte, pas de village à la ronde. Nous avons traversé de vastes plaines, longeant une route rectiligne. Du coup, on pouvait distinguer le nuage brumeux de polution dû aux gaz d'échappement entourant la route au loin, devant et derrière nous. Il faut dire que par ici, les contrôles anti-polution, ça n'a pas l'air d'exister. Parfois, c'est vraiement une fumée noire qui sort du pot d'échappement, un nuage sombre suivant le véhicule, comme dans les BDs.
Le soir arrive. Du coup, les camions s'éclairent de multiples petites lumières de couleurs. C'est comme féérique. Ils sont comme bariolés de guirlandes multicolores. Certaines clignotes même. Un vrai cortège de carnaval. C'est un moment magique. Certains chauffeurs tardent, jusqu'au crépuscule, à allumer leurs grands feux pour la nuit. Histoire de faire vivre encore ce moment féérique et comme intemporel.
C'est dans la nuit que nous arrivont à la station benzin. Nous pouvons dormir dans la petite mosquée. Tant mieux, car il a fait très froid cette nuit là.
Au matin, en nettoyant les saletés des ânes, à peine l'eau prenait contact avec le sol, qu'elle gelait...

La nuit suivante, à Mourcheh Khort c'est la police qui nous a pris en charge. Après un bref contrôle, deux soldats nous ont escorté vers une mosquée. La mosquée de l'Imam Zadegan. Là, une énorme place, et une quarantaine de pièces, de petites "odas". C'est dans une de ces petites pièces, munie d'un tapis et d'un petit chauffage électrique comme seul "meuble", que nous avont trouvé l'hospitalité. Et surtout, avons pu dormir au chaud! Les nuits sont devenues très fraiches...
Ici, en Iran, il y a peu de meuble dans les maisons. Juste de grand tapis parterre, des cousins et des chauffages au gaz. Très rarement des radiateurs. Un des gros avantage, c'est qu'il y a plein de place. L'espace n'est pas rempli d'armoirs, de tables, chaises et autres fournitures qui cloisonnent, morcélent et grignotent la place. Du coup, les enfants en bas-âges peuvent librement y apprendre à marcher. Pas de risque de se taper sur un meuble tous les mètres. Et les tapis adoucissent leurs chutes... Il semble que les enfants y apprennent plus rapidement à marcher. Il ne sont pas "parqués" dans un petit enclo.
Pour les adultes s'est aussi profitable. Impression de grands espaces, agréable, et propice à tout exercice ou toute utilité. Un petit foot dans le salon, par exemple...

Le lendemain, à la nuit tombante, nous arrivons à Shaïn Sher. A l'orée de la ville, des petits immeubles et complexes de maisons. Nous ne savons pas du tout où nous pourrons trouver un endroit où dormir. Nous nous dirigeons vers la route, un jeune vient vers nous. Nous échangeons quelques propos, et comme par magie, il nous invite chez lui... Et ben, quel timing dans la rencontre! Nous entrons dans une mini-cours, place pour la voiture, où nous "parquons" nos ânes et le chien. Nous entrons chez lui, et découvrons un intérieur très cossu. Tableaux, canapers, tables, objets de toutes sortes rappelant les intérieurs de par chez nous. On sent que nous sommes près d'une grande ville... Nous prenons directement une bonne douche. Et attendons ses parents. A l'arrivée de son papa, il y a un problème. Les ânes! Ils ne peuvent rester là. Cela risquerait de déranger par leurs bruits, et d'attirer des ennuis à nos hôtes. Autant l'intérieur est "civilisé", autant la réaction est "occidentale"! Cela n'avait encore jamais posé problème, même dans des villes... Même si l'hospitalité, il est vrai, y est plus problèmatique avec nos animaux. Nous comprendrons par la suite que notre hôte n'avait pas intérêt à attirer l'attention sur lui. Il a, comme beaucoup d'iranien, certaines choses non autorisées chez lui. Et si la police venait, ce serait embêtant... A ce sujet, leur état est très paradoxal. C'est un état religieux, donc, nous pourrions supposer, aspirant à une certaine vérité. En fait, tout est interdit. J'entend par là beaucoup de choses. Comme l'alcohol, films américains, vétements occidentaux, regarder des chaînes autres que les musulmanes, et autres... Mais chacuns possède beaucoup de ces choses illicites à la maison. A couvert, tout semble permis. C'est un peu tabou, mais cela semble toléré. Par contre, si une personne "marche de travers", au yeux du gouvernement, la police peut faire une descente et charger cette personne pour toutes ces choses "interdites", entre autres... Au lieu d'être un état de "vérité", c'est une situation plutôt assez perverse. Et cultivant le mensonge. Dommage, car ce peuple mérite mieux! 
En discutant un peu, ce père de famille est un ancien militaire. Il nous révèle que de nos jours encore, certaines personnes disparaissent. Histoire de maintenir une certaine peur du régime. Il m'est difficile de comprendre comment une poignée de personnes ont pu prendre possession du pouvoir il y a trente ans. Ce gouvernement n'est supporté que par 3% de la population, maximum. Enfin, avec certaines aides étrangères, parfois tout est possible... Et il paraît qu'a l'époque, c'est le "Chat" qui prenait toutes les décisions. Du coup, aucune initiative à contre courant n'avait été prise dans le vif de l'action. Et après coup, chaque jour, une centaine d'officier étaient exécutés.
De nos jours, beaucoup de ces mosquée mausolée pour Imam sont construite. Histoire de rendre très présente la religion. Certains disent, pour plaisanter, que même pour l'âne d'un Imam ont en construit. Mais n'allez pas le raconté trop loin, certaine mauvaise oreille aurait tôt fait de le rapporter à qui de droit et le couperet tomberait rapidement!

Ce 15 décembre 2008, nous atteignons enfin la périphérie d'Isfahan. La nuit tombe, nous gagnons le premier petit patelin que nous trouvons, Khourzough. On nous propose un garage pour passer la nuit. Les voisins nous amènent des balais et nous nettoyons l'endroit. Un autre nous apporte à manger et un réchaud à pétrole. C'est mieux que rien, car la porte du garage est inhexistante... Puis la police arrive et nous contrôle. Plus tard, ils reviennent, ils ne sont pas d'accord que nous campions là, carrément dans la rue pour eux. Ils veulent que nous trouvions un hôtel... C'est pas ce qui cours les rues dans ce village, et de toute façon, nous n'avons pas d'argent à dépenser pour y passer nos nuits. Sur ce, un brave homme, Hassan Saïdi, nous offre son hospitalité. Il a une place pour nos ânes, ayant anciennement des vaches, et une remise où mettre le chien.

Le lendemain, nous profitons de ce bon pied à terre pour aller prolonger nos visas à la ville. Nous sommes le 16 est ceux-ci sont échus le 20. Un villageois, M. Mortesa nous emmène au buro des passeport. Première découverte d'Isfahan derrière les vitres de sa voiture. Les bâtiments ont peu d'étage. Les gratte-ciels sont rare. La ville est très étalée et comporte encore beaucoup de vieux bâtiment. Enfin, tout cela est très hétéroclyte.
Arrivé au buro des passeports, nous devons attendre dehors, pour commencer. Le premier buro donne sur l'extérieur. L'hospitalité policière... Pour l'officier en poste, nous ne pouvons pas prolonger notre visa de trois mois ici, il nous faut aller à Teheran. A pied, ça va nous prendre deux mois, c'est un peu juste en 4 jours... Sur ce, nous passons au buro suivant, dans les bâtiment cette fois-ci. Là on nous fait attendre 1h30 de temps avant de nous recevoir. Lorsque nous expliquons notre voyage à pied avec des ânes et que nous sommes proches des gens, c'est un vrai intérogatoire qui s'ensuit chez un officier supérieur. Ils n'ont pas l'air d'apprécier cette proximité! Là, comme pour blaguer, l'officier nous dit que nous ne pourront pas continuer ainsi, qu'il nous faut laisser nos animaux et continuer en bus. Ben voyons... On nous fait attendre jusqu'à la fermeture pour finalement nous dire d'aller payer nos visas à la banque et de revenir le surlendemain, car demain c'est jour férier. Ca semble finalement bon pour nos trois mois de prolongation. Mais du coup, comme il garde nos passeport, nous ne pouvons plus quitter le village où nous nous sommes installé. C'est heureusement ok pour nos hôtes.

Le lendemain, le frère de la femme de maison, M. Hossein nous emmène visiter la ville... 

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Nous découvrons la fameuse place d'Isfahan! Avec ses deux mosquées, son palais et l'entrée sur le bazard.
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